Fin 2025, 55 % des TPE-PME françaises déclarent utiliser l'IA générative, contre 31 % un an plus tôt. Le chiffre vient de l'étude de conjoncture de Bpifrance Le Lab publiée en janvier 2026, et il a de quoi impressionner : vingt-quatre points gagnés en douze mois, ce que Bpifrance qualifie de basculement des usages 1. Pour un dirigeant de PME ou d'ETI qui hésite encore, la tentation est de lire ce chiffre comme un feu vert. Vous êtes en retard, tout le monde s'y met, il faut y aller.
Le problème, c'est que ce 55 % ne dit presque rien de la valeur créée. Il mesure une déclaration d'usage, pas une intégration dans les processus. Quand on regarde les autres chiffres de la même étude, le tableau devient plus nuancé, et beaucoup plus utile pour décider quoi faire.
Un bond réel, mais qui reste déclaratif
Commençons par ce qui est solide. La progression est nette et documentée sur une base large. Bpifrance Le Lab interroge des dirigeants de TPE-PME, et le passage de 31 % à 55 % en un an tient sur une méthode stable 1. La dynamique est confirmée par plusieurs relais de l'étude, dont la Caisse des Dépôts, maison mère de Bpifrance 2.
Mais un second chiffre recadre immédiatement le premier. Seuls 17 % des dirigeants déclarent utiliser l'IA générative de façon régulière, en hausse de onze points sur un an 1. Autrement dit, entre le déclaratif « j'utilise l'IA » et l'usage effectivement installé dans le quotidien, il y a un facteur trois. La moitié des utilisateurs déclarés ouvrent un outil de temps en temps, testent, reviennent à leurs habitudes. C'est un comportement normal en phase d'appropriation, mais il faut le nommer pour ne pas surestimer le socle réel.
La moitié des usages passe par des outils gratuits
Le deuxième signal de surface concerne les outils employés. Sur le périmètre plus large des PME et ETI, Bpifrance Le Lab estime qu'un tiers seulement ont réellement adopté l'IA, et que dans la moitié des cas cette adoption repose sur des solutions gratuites ou prêtes à l'emploi 3. Concrètement, il s'agit surtout d'assistants génériques utilisés depuis un navigateur, sans connexion aux données de l'entreprise.
Les usages dominants confirment cette lecture. La génération de contenu écrit arrive en tête, citée par 72 % des utilisateurs, suivie de l'analyse de données et d'informations à 67 % 3. Ce sont des gains de productivité individuels bien réels : rédiger plus vite, résumer un document, dégrossir un tableau. Ce ne sont pas des usages qui touchent au cœur des opérations, à la facturation, à la gestion des stocks ou au suivi client. La différence n'est pas anecdotique, parce que c'est précisément là que se logent les gains durables.
Pourquoi l'outil générique plafonne
Un assistant grand public répond bien à une question générale. Il ne connaît ni votre catalogue, ni vos règles de marge, ni l'historique d'un client, ni la structure de votre plan comptable. Chaque fois qu'un collaborateur veut un résultat exploitable, il doit recopier le contexte à la main, vérifier la réponse, la remettre en forme. Le gain existe, mais il reste plafonné par cette recopie permanente, et il ne se cumule pas d'un usage à l'autre.
Le saut de valeur se produit quand l'IA travaille sur vos données, à l'intérieur de vos outils. Un assistant branché sur votre ERP peut pré-remplir une facture fournisseur à partir de l'historique, proposer un rapprochement bancaire, retrouver la commande liée à un litige. Là, le contexte n'est plus recopié : il est déjà présent. C'est la logique que suivent les éditeurs métier, Odoo compris, en intégrant l'IA au plus près des données plutôt qu'à côté 4. Nous avons détaillé ailleurs pourquoi la donnée reste le vrai différenciateur quand les modèles, eux, se banalisent (voir notre blog).
Cette bascule a un coût que le chiffre de 55 % masque totalement. Connecter un modèle à ses données suppose un référentiel propre, des droits d'accès pensés, une gouvernance minimale. C'est plus long qu'ouvrir un onglet, et c'est exactement ce qui sépare les entreprises qui font des démonstrations réussies de celles qui installent un usage rentable.
Le dirigeant porte la démarche, et c'est un point de fragilité
Un dernier élément de l'étude mérite l'attention du praticien. Dans la majorité des cas, c'est le dirigeant lui-même qui pilote la démarche IA 3. C'est une force au démarrage, parce que la décision est rapide et la vision claire. C'est aussi un risque, parce qu'un usage porté par une seule personne ne survit pas toujours à son agenda. Sans relais dans les équipes, sans formation, sans cas d'usage rattaché à un processus précis, l'adoption reste fragile et retombe dès que la pression opérationnelle monte.
L'effort public accompagne ce mouvement. Bpifrance indique avoir investi 240 millions d'euros en capital développement dans l'IA en 2025, contre 17 millions en 2024, et déploie un plan d'accompagnement des PME 5. Ces moyens aident à financer le saut, mais ils ne le font pas à la place de l'entreprise. Le travail de mise en ordre des données et de choix des cas d'usage reste interne.
Ce que révèlent les écarts de chiffres
Un mot sur une nuance qui a son importance. Le 55 % porte sur les TPE-PME et sur l'IA générative déclarée, tandis que le « tiers » d'adoption concerne un périmètre PME et ETI et une notion d'usage plus exigeante 1 3. Les deux chiffres ne se contredisent pas : ils mesurent des choses différentes. Ce grand écart entre déclaration large et usage installé est justement le sujet. Il rappelle qu'un taux d'adoption élevé n'est pas un indicateur de maturité, et qu'il faut regarder l'intensité d'usage avant de conclure.
Notre lecture
Le chiffre de 55 % est vrai et la dynamique est saine, mais il ne faut pas le lire comme un signal de retard à rattraper en urgence. Il décrit une adoption large et encore superficielle, dominée par des outils gratuits et des usages de productivité individuelle. La bonne question, côté dirigeant, n'est pas « est-ce que j'utilise l'IA », à laquelle une majorité peut déjà répondre oui, mais « est-ce que mon IA touche mes données et mes processus ».
Notre conseil aux PME et ETI que nous accompagnons tient en trois temps. D'abord, mettre le référentiel en ordre, parce qu'aucun assistant ne compense des données sales. Ensuite, choisir un cas d'usage rattaché à un processus mesurable, facturation fournisseur ou service client par exemple, plutôt que de saupoudrer des assistants génériques. Enfin, sortir la démarche du seul bureau du dirigeant en formant au moins une personne par équipe concernée. Le vrai écart de 2026 ne sera pas entre ceux qui utilisent l'IA et les autres. Il sera entre ceux qui l'ont branchée sur leur métier et ceux qui la gardent dans un onglet.
Sources
- Bpifrance Le Lab, basculement des usages (55 % des TPE-PME fin 2025) via IT SOCIAL : https://itsocial.fr/contenus/actualites/intelligence-artificielle-actualites-contenus/bpifrance-constate-un-basculement-des-usages-avec-55-des-tpe-pme-utilisatrices-dia-generative-fin-2025/
- Bpifrance Le Lab, « L'IA dans les PME et ETI françaises : 6 chiffres à retenir » : https://lelab.bpifrance.fr/les-entreprises-francaises-et-l-ia-l-aube-d-une-revolution-l-ia-dans-les-pme-et-eti-francaises-6-chiffres-a-retenir/
- Bpifrance Presse, « L'IA dans les PME et ETI françaises : une révolution tranquille » : https://presse.bpifrance.fr/lia-dans-les-pme-et-eti-francaises-une-revolution-tranquille
- Groupe Caisse des Dépôts, « Bpifrance : 55 % des TPE-PME déjà converties à l'IA » : https://www.caissedesdepots.fr/eclairage/actualites/bpifrance-55-des-tpe-pme-deja-converties-lia
- Bpifrance Presse, bilan des dispositifs IA (240 M€ investis en 2025) : https://presse.bpifrance.fr/bpifrance-dresse-le-bilan-sur-le-deploiement-de-ses-dispositifs-visant-a-developper-lecosysteme-ia-et-soutenir-lappropriation-de-lintelligence-artificielle-par-les-entreprises-francaises
Footnotes
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Bpifrance Le Lab, étude de conjoncture publiée en janvier 2026, relayée par IT SOCIAL : 55 % des TPE-PME utilisatrices d'IA générative fin 2025 (contre 31 % fin 2024), 17 % d'usage régulier (+11 points). ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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Groupe Caisse des Dépôts, reprise du chiffre de 55 % des TPE-PME converties à l'IA générative. ↩
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Bpifrance Le Lab, « L'IA dans les PME et ETI françaises : 6 chiffres à retenir » : un tiers d'adoption réelle, moitié via des solutions gratuites ou prêtes à l'emploi, usages dominants génération de contenu (72 %) et analyse de données (67 %), pilotage par le dirigeant. ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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Aperçus publics de la feuille de route Odoo 20 (lancement attendu à l'Odoo Experience, 24-26 septembre 2026), avec une intégration de l'IA au plus près des données comptables et opérationnelles. ↩
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Bpifrance, communiqué sur le bilan de ses dispositifs IA : 240 millions d'euros investis en capital développement dans l'IA en 2025, contre 17 millions en 2024. ↩