Depuis un an, presque chaque éditeur de logiciel a ajouté le mot « agent » à sa plaquette. Le CRM propose un « agent commercial », l'outil comptable un « agent de clôture », et Odoo prépare une version 20 dont l'assistant, présenté à l'Odoo Experience de Bruxelles du 24 au 26 septembre 2026, exécuterait de vraies actions dans la base plutôt que de se contenter de suggérer du texte1. Pour un dirigeant de PME ou d'ETI qui signe le bon de commande, la question n'est pas de savoir si le mot est à la mode. Elle est de savoir ce qu'il y a derrière.
Le cabinet Gartner a mis un nom sur le problème : l'agent washing. Le terme désigne le fait de rebaptiser « agent » un produit qui reste, en pratique, un chatbot, une automatisation de type RPA ou un assistant de rédaction, sans réelle capacité d'agir de façon autonome2. Selon Gartner, sur les milliers de fournisseurs qui se réclament de l'IA agentique, environ 130 seulement proposeraient de vraies capacités d'agent2. Le même cabinet prévoit que plus de 40 % des projets d'IA agentique seront abandonnés d'ici fin 2027, pour cause de coûts qui dérapent, de valeur métier floue ou de contrôles de risque insuffisants3.
Deux précautions avant d'aller plus loin. Ce chiffre de 40 % est une prévision publiée par Gartner en juin 2025, pas une mesure constatée, et beaucoup d'articles parus en 2026 en ont retiré la date d'origine, ce qui donne l'impression d'un bilan là où il s'agit d'une projection. Par ailleurs, l'agent washing ne signifie pas qu'un assistant classique est sans valeur. Il signifie que vous risquez de payer le prix d'un agent autonome pour une fonction que vous auriez obtenue plus simplement.
Ce qui sépare un agent d'un assistant repeint
Un assistant répond quand on l'interroge. Un agent, au sens strict, poursuit un objectif sur plusieurs étapes, choisit les actions à mener, les exécute dans vos systèmes et sait s'arrêter ou demander de l'aide quand il bute. La frontière est utile parce qu'elle change à la fois le niveau de risque et le prix.
Voici les questions que je pose à un éditeur avant de croire le mot « agent ».
| Question | Réponse d'un vrai agent | Signal d'agent washing |
|---|---|---|
| Que fait-il sans que je clique ? | Il enchaîne plusieurs étapes seul | Il propose, j'exécute tout |
| Où écrit-il ? | Il modifie des données réelles, avec traçabilité | Il génère du texte que je recopie |
| Comment se trompe-t-il ? | Il détecte l'échec et rend la main | Il affirme avoir réussi sans preuve |
| Qui voit ses actions ? | Un journal d'audit consultable | Une boîte noire |
| Que coûte un mois d'usage réel ? | Un ordre de grandeur chiffré | « Ça dépend de votre volume » |
Aucune de ces questions ne porte sur la technologie employée. Elles portent sur ce que l'outil fait dans votre exploitation, et sur la trace qu'il laisse. Un fournisseur qui vend un vrai agent répond sans détour à la colonne de gauche. Celui qui pratique l'agent washing glisse vers la promesse : un retour sur investissement multiplié, un résultat en quelques jours, un « algorithme » qu'il ne détaille jamais.
Le cas Odoo 20, à passer au même filtre
Odoo 20 illustre bien pourquoi la distinction compte. D'après l'analyse de l'intégrateur Scalizer, l'assistant d'Odoo 20 exécuterait des actions concrètes : réassigner en masse des leads dans le CRM, structurer un projet à partir du cahier des charges PDF d'un client, ou pré-auditer les écritures comptables avant la clôture mensuelle1. Sur le papier, ces tâches relèvent bien de l'agent, pas du simple chatbot.
Reste à les soumettre à la même grille. Réassigner des leads modifie des données réelles : qui garde la trace de la règle appliquée, et peut-on la rejouer si elle se révèle fausse ? Pré-auditer des écritures touche à la comptabilité : l'agent signale-t-il une anomalie, ou la corrige-t-il lui-même, et sous quelle responsabilité ? Nous avions déjà creusé cette question de responsabilité dans notre article sur l'IA agentique dans Odoo 20. La réponse ne dépend pas du logo Odoo. Elle dépend de la façon dont votre intégrateur configure les garde-fous, les droits d'écriture et la journalisation.
Ce que le chiffre des 40 % dit du terrain
Les trois causes d'abandon citées par Gartner recoupent ce que l'on observe en clientèle. Le coût qui dérape vient souvent d'un agent laissé libre d'appeler un modèle en boucle sans plafond. La valeur métier floue vient d'un projet lancé parce qu'« il faut faire de l'IA », sans tâche précise ni mesure avant et après. Les contrôles de risque insuffisants viennent d'un agent branché sur des données de production sans revue des droits ni journal d'audit.
Aucune de ces trois causes n'est une fatalité technique. Ce sont des décisions de cadrage, prises ou non avant la signature. Un dirigeant qui exige une tâche unique, mesurable, avec un budget de jetons plafonné et une trace consultable, se place mécaniquement du bon côté de la statistique.
Notre lecture
L'agent washing ne justifie pas de fuir l'IA agentique. Il justifie de la traiter comme n'importe quel investissement logiciel, par ses effets vérifiables plutôt que par son étiquette. Quand un éditeur, Odoo compris, vous parle d'un « agent », demandez-lui la démonstration sur vos propres données, le journal des actions menées et le coût d'un mois d'usage réel. S'il répond par des promesses de multiplication du chiffre d'affaires, vous tenez probablement un chatbot repeint.
Pour une PME ou une ETI, le bon réflexe tient en une phrase : commencez par une tâche que vous savez décrire et mesurer, donnez à l'agent le droit strict d'agir sur cette seule tâche, et gardez la main sur ce qu'il touche. Le reste appartient au vocabulaire des plaquettes.
Sources
- Gartner, communiqué « Over 40% of Agentic AI Projects Will Be Canceled by End of 2027 » : https://www.gartner.com/en/newsroom/press-releases/2025-06-25-gartner-predicts-over-40-percent-of-agentic-ai-projects-will-be-canceled-by-end-of-2027
- Forbes, « Why 40% Of Agentic AI Projects May Be Canceled By 2027 » (7 juillet 2026) : https://www.forbes.com/sites/robertszczerba/2026/07/07/why-40-of-agentic-ai-projects-may-be-canceled-by-2027/
- Scalizer, « Odoo 20 : les nouveautés avant l'Odoo Experience 2026 » : https://www.scalizer.fr/contenus/odoo-20-nouveautes
- Service & Sens, « Agentic AI et Agent-Washing : le double défi stratégique pour les entreprises » : https://www.service-sens.com/blog/agentic-ai-et-agent-washing-le-double-defi-strategique-pour-les-entreprises-en-2025
Footnotes
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Odoo 20 et son assistant agentique, d'après l'analyse de l'intégrateur Scalizer ; l'Odoo Experience 2026 se tient à Bruxelles du 24 au 26 septembre 2026. ↩ ↩2
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Définition de l'« agent washing » et estimation d'environ 130 fournisseurs réellement agentiques sur des milliers, attribuées à Gartner et relayées par plusieurs médias en 2026. ↩ ↩2
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Prévision Gartner, communiqué du 25 juin 2025 : plus de 40 % des projets d'IA agentique annulés d'ici fin 2027, pour cause de coûts, de valeur métier floue et de contrôles de risque insuffisants. ↩