Jason Lemkin a publié le 18 mai son bilan post-SaaStr AI Annual 2026. Le chart qu'il a présenté en ouverture compare cinq prédictions qui revenaient en boucle en 2025 et au premier trimestre 2026, avec ce qui se passe vraiment maintenant que les agents ont shippé et que les budgets ont été engagés1. Aucune des cinq prédictions catastrophistes ne s'est vraiment vérifiée. Pour nous qui construisons du SaaS au studio tous les jours, le bilan vaut d'être posé noir sur blanc.
Personne n'a vibe-codé son CRM
La panique de 2025 disait que chaque fondateur allait monter son propre CRM sur Replit. Salesforce était condamné, HubSpot fini, toute la catégorie balayée par le vibe coding. Cette prédiction faisait partie du cœur du narratif SaaSpocalypse.
Elle ne s'est pas matérialisée à l'échelle. Les CRM n'ont pas été remplacés. Ils se sont remplis d'agents. Agentforce qui lance des campagnes de win-back. Qualified qui clôt des deals à un million avant qu'un humain n'intervienne. Artisan qui pilote plusieurs instances SDR en parallèle1. Le système d'enregistrement reste là où la vérité vit. Il a juste cessé d'attendre qu'un humain tape dedans.
Au studio, on a vu la même chose côté clients. Personne ne nous demande de reconstruire son CRM. On nous demande des apps n=1, des connecteurs, des automatisations qui se branchent au-dessus du système existant. C'est une couche métier sur le SaaS, pas un remplaçant.
L'IA hallucinait trop. Maintenant elle reste inactive
La plainte d'il y a un an portait sur les inventions du modèle. Celle de ce trimestre est inverse : l'agent ne fait pas assez. Les hallucinations sont toujours là, mais le grounding, le tool use et le bon modèle les ont largement contenues. Le dashboard montre 14 tâches faites dans la journée, alors que 400 étaient possibles1.
Cette bascule, on la sent en mission. La question n'est plus "comment empêcher Claude d'inventer", c'est "comment lui donner assez de contexte et de bons outils pour qu'il fasse réellement ce qu'il peut faire". Le sujet s'est déplacé de la fiabilité vers l'imagination des cas d'usage.
Le SaaS n'est pas mort. Il s'est bifurqué
Le narratif de fin 2025 prédisait la fin du B2B. Les marges allaient s'effondrer, le NDR allait chuter, et l'IA allait dévorer le modèle par siège.
Ce que mai 2026 montre, c'est une bifurcation nette. Le SaaS public a perdu la moitié de sa valeur en février. Les entreprises revenues sont celles qui prouvent un ROI IA mesurable côté client. Databricks affiche 5,4 milliards de dollars de revenu annuel à février, en hausse de 65% sur un an, valorisé 134 milliards après une levée de 5 milliards. CrowdStrike et Palo Alto grossissent toujours à plus de 25% à grande échelle1.
La règle qu'en tire Lemkin tient en une phrase : si l'IA dans votre produit fait gagner du temps mesurable à votre client, vous grossissez à plus de 60% cette année. Si elle n'apparaît nulle part dans son compte-rendu trimestriel, vous sortez du cycle budget. La catégorie ne s'est pas effondrée. Elle s'est triée.
La fenêtre des sorties n'a jamais été aussi ouverte
C'est la prédiction la plus factuellement fausse du lot, et pourtant elle reste dominante sur LinkedIn B2B.
SpaceX prépare son entrée en bourse pour juin avec une valorisation cible qui dépasse 1 500 milliards de dollars2. OpenAI et Anthropic approchent du trillion chacun. Combinés, les trois cumulent plus de valeur de sortie projetée que toutes les IPOs américaines adossées au venture capital depuis 2000 réunies, selon les chiffres PitchBook cités par Lemkin1.
Le M&A suit la même pente. SpaceX a annoncé fin avril une option d'acquisition sur Cursor à 60 milliards, ou 10 milliards à payer s'il renonce3. Le run-rate de Cursor était à 2 milliards en février, projeté à 6 milliards fin 2026. Google a racheté Wiz pour 32 milliards. Le volume M&A tech a atteint 150,4 milliards de dollars sur le seul mois de mars 2026, en hausse de 31% sur un an1.
Ce que ça change pour ceux qui construisent
Le bilan ne dit pas que tout va bien partout. Il dit que les builders qui shippent du SaaS avec un ROI IA mesurable sont sur un cycle de croissance qu'on n'avait pas vu depuis 2021. Les autres se retrouvent hors budget chez leurs clients, et personne ne prend la suite. La sélection s'est durcie, pas la catégorie.
En pratique, sur les projets qu'on cadre avec notre méthode, la métrique de ROI est devenue la première question, plus la dernière. Il ne s'agit pas d'une formulation marketing mais d'un chiffre que le client pourra mettre sur un slide de son comité de direction six mois après le go-live. Tout ce qui n'a pas cette métrique en sortie de cadrage ne devrait pas dépasser le cadrage.
Footnotes
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Tired vs. Wired: $4 Trillion in IPOs Coming, $100B in M&A, Vibing Isn't Killing Salesforce After All, and Why the B2B Doomers Were Dead Wrong (Mostly), "What we're actually seeing now that the agents have shipped and the budgets have hit", SaaStr (Jason Lemkin), 18 mai 2026. Lire l'article ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6
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3 Key Takeaways From SpaceX's Potential $60 Billion Deal With Cursor Leading Up to Its IPO, "A reported target valuation of $1.75 trillion, expected to be the largest ever", The Motley Fool, 30 avril 2026. Lire l'article ↩
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SpaceX says it can buy Cursor later this year for $60 billion or pay $10 billion, "SpaceX said it's struck a deal with Cursor, obtaining the right to acquire the company", CNBC, 21 avril 2026. Lire l'article ↩