La dépense mondiale en logiciels devrait atteindre 1 440 milliards de dollars en 2026, en hausse de 15,1 % sur un an selon la dernière prévision de Gartner 1. Ce chiffre nourrit une lecture rassurante : le logiciel se vend, donc il sert. En pratique, une partie de cette dépense finance des licences que personne n'ouvre et des raccordements entre outils qui ne produisent aucune valeur métier. C'est cette ligne discrète du budget que nous voyons grossir chez nos clients PME et ETI.
Les licences que l'on paie sans les utiliser
Le baromètre 2026 de Zylo, éditeur d'une plateforme de gestion des abonnements, avance des ordres de grandeur nets pour les organisations qu'il mesure. Une organisation type gère en moyenne 305 applications et en ajoute 9 chaque mois. Surtout, 36 % des licences restent inutilisées au regard des niveaux d'usage recommandés, et l'entreprise moyenne n'active réellement que 54 % des licences qu'elle a provisionnées 2.
Ces mesures portent sur des parcs plutôt grands, il faut le dire. Une PME de trente personnes ne pilote pas 305 outils. Mais le mécanisme, lui, ne dépend pas de la taille. Chaque licence achetée « au cas où », chaque siège laissé actif après le départ d'un collaborateur, chaque module payant activé pour un projet abandonné devient une charge récurrente. Dans une petite structure, la proportion peut même grimper, faute d'un service achats qui repasse sur les contrats à chaque échéance.
Le coût de raccordement, cette ligne que personne ne budgète
Il existe une seconde dépense, moins visible que l'abonnement lui-même. Une recherche récente sur les coûts logiciels des PME établit que les entreprises exploitant huit outils ou plus consacrent en moyenne 23 % de leur budget logiciel non pas aux licences, mais au travail nécessaire pour relier ces licences entre elles 3. Cette part regroupe des coûts explicites, comme un abonnement iPaaS ou la maintenance d'API, et des coûts diffus : le temps passé à importer des fichiers à la main, à réconcilier deux bases, à vérifier chaque semaine que les chiffres du CRM concordent avec ceux de la comptabilité.
S'y ajoute une friction humaine. Selon la même étude, un collaborateur d'une entreprise équipée de huit outils travaille chaque jour dans au moins quatre interfaces différentes. Le changement de contexte a un coût cognitif qui ne figure sur aucune facture, mais qui pèse sur la productivité réelle.
Pourquoi la PME est plus exposée que le grand compte
Un grand groupe dispose d'équipes FinOps dont le métier consiste précisément à traquer ce gaspillage. La discipline progresse d'ailleurs vite : dans l'enquête State of FinOps 2026, 90 % des répondants déclarent gérer ou prévoir de gérer leurs dépenses SaaS, contre 65 % un an plus tôt 4. Une PME n'a ni ce rôle dédié, ni la plateforme d'audit qui va avec.
Résultat, l'accumulation se fait par petites décisions locales, jamais revues d'ensemble. Le commercial adopte un outil de prospection, le marketing un outil d'emailing, la production un outil de suivi. Chacun se justifie isolément. Personne ne mesure le total, ni le nombre de connecteurs qu'il faudra ensuite maintenir pour que ces briques se parlent. Le tableau ci-dessous résume les deux fuites principales.
| Poste | Nature de la fuite | Levier |
|---|---|---|
| Licences dormantes | Sièges et modules payés, peu ou pas utilisés | Revue d'usage à chaque échéance |
| Raccordement | Connecteurs, imports manuels, réconciliations | Réduction du nombre de briques à relier |
Ce que l'on peut mesurer avant de couper
Avant d'arbitrer, il faut voir. Trois chiffres suffisent à ouvrir la discussion dans une PME. Le premier est le taux d'usage réel de chaque licence, obtenu en croisant les sièges facturés avec les connexions des trente derniers jours. Le deuxième est le nombre de synchronisations manuelles récurrentes, celles qu'un salarié refait chaque semaine parce que deux systèmes ne se parlent pas. Le troisième est le coût annuel des outils d'intégration eux-mêmes, souvent noyés dans des lignes « divers logiciels ».
Une fois ces trois mesures posées, la question n'est plus « quel abonnement résilier » mais « combien de briques distinctes ai-je vraiment besoin de faire cohabiter ». C'est là qu'une suite intégrée, où gestion commerciale, stock et comptabilité partagent la même base, change l'équation : elle supprime le poste de raccordement plutôt que de le déplacer vers un connecteur. Nous détaillons ce raisonnement de rationalisation dans un précédent article sur le stack SaaS.
Notre lecture
Sur le terrain, l'économie la plus rapide n'est presque jamais celle qu'on attend. Résilier un abonnement visible fait plaisir au comité de direction, mais le gain est ponctuel. La dépense qui court, année après année, se cache dans les licences à moitié utilisées et dans la tuyauterie que personne n'a décidé sciemment de construire. Notre conseil aux dirigeants de PME tient en une phrase : avant de négocier un tarif, comptez d'abord vos interfaces et vos synchronisations manuelles. Ce comptage coûte une demi-journée et il oriente les arbitrages bien mieux qu'une remise commerciale. La consolidation n'est pas une fin en soi, mais quand elle réduit le nombre de systèmes à raccorder, elle attaque la fuite à la source plutôt qu'en surface.
Sources
- Gartner, prévision des dépenses IT mondiales (avril 2026) : https://www.gartner.com/en/newsroom/press-releases/2026-04-22-gartner-forecasts-worldwide-it-spending-to-grow-13-point-5-percent-in-2026-totaling-6-point-31-trillion-dollars
- Zylo, 2026 SaaS Management Index : https://zylo.com/news/2026-saas-management-index
- FinOps Foundation, State of FinOps 2026 : https://data.finops.org/
- Digital Frontier, sur le coût d'intégration des PME (2026) : https://digitalfrontier.news/business-tech/crm-consolidation-2026
Footnotes
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Gartner, prévision d'avril 2026 : dépense mondiale en logiciels estimée à 1 440 milliards de dollars en 2026, soit une hausse de 15,1 % sur un an. ↩
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Zylo, 2026 SaaS Management Index : 305 applications en moyenne par organisation, 9 ajoutées par mois ; 36 % des licences inutilisées au regard des niveaux d'usage recommandés ; 54 % des licences provisionnées réellement activées. Mesures portant sur des parcs majoritairement de taille intermédiaire à grande. ↩
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Recherche 2026 sur les coûts logiciels des PME, relayée par Digital Frontier : les entreprises exploitant huit outils ou plus consacrent en moyenne 23 % de leur budget logiciel au raccordement entre outils, et un collaborateur y travaille chaque jour dans au moins quatre interfaces. ↩
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FinOps Foundation, State of FinOps 2026 : 90 % des répondants gèrent ou prévoient de gérer leurs dépenses SaaS, contre 65 % l'année précédente. ↩